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Vodun Days : entre rayonnement culturel et impératif de pédagogie

L’analyse d’Isaac Agbandohounto depuis la diaspora béninoise

L’analyse d’Isaac Agbandohounto depuis la diaspora béninoise

Observateur attentif de l’actualité nationale depuis la Guinée, Isaac Agbandohounto, coordonnateur général du Réseau des Jeunes Béninois de la Diaspora en Guinée (RJBD–Guinée), livre une lecture nuancée des récentes éditions des Vodun Days. Son regard, forgé par l’expérience de la diaspora, mêle fierté culturelle, sens critique et exigence citoyenne.

D’entrée de jeu, le jeune leader reconnaît la place centrale qu’occupe aujourd’hui le tourisme dans la stratégie de développement du Bénin. Il rappelle que ce secteur constitue un pilier majeur de la vision économique portée par le président Patrice Talon. Les investissements publics conséquents, la création de Bénin Tours SA et l’ambition affichée de faire contribuer le tourisme à plus de 13 % du PIB national à l’horizon 2030 témoignent, selon lui, « d’une orientation politique assumée visant à faire du tourisme un moteur de croissance, d’emplois et de visibilité internationale ».

Dans cette perspective, les Vodun Days apparaissent comme un instrument de valorisation culturelle incontournable. Isaac Agbandohounto reconnaît que l’événement participe au repositionnement du Bénin sur la scène mondiale, en mettant en lumière la richesse de son patrimoine historique, artistique et spirituel. « Il s’agit d’une vitrine culturelle forte », admet-il, tout en soulignant qu’elle gagnerait à être mieux expliquée, notamment auprès des publics internationaux.

Car du point de vue de la diaspora, certaines perceptions restent problématiques. Être Béninois à l’étranger expose parfois à des préjugés tenaces, nourris par une méconnaissance profonde des réalités culturelles du pays. « Il existe une confusion persistante entre culture, spiritualité et religion », déplore-t-il. Une confusion qui, selon lui, peut entraîner des amalgames, des stigmatisations, voire des pertes d’opportunités pour certains compatriotes vivant hors du pays. Il rappelle avec insistance que le Vodun revêt plusieurs dimensions et que « tous les Béninois ne sont pas pratiquants de la religion vodun ».

Face à ces enjeux, Isaac Agbandohounto appelle à une approche plus pédagogique des Vodun Days. Il préconise l’intégration de panels explicatifs, une communication plus structurée sur la distinction entre patrimoine culturel et adhésion religieuse, ainsi qu’une mise en avant plus prononcée des aspects historiques et touristiques de l’événement. L’objectif, précise-t-il, est d’éviter toute lecture réductrice de l’identité béninoise.

Il suggère également de renforcer la valorisation des danses et rythmes traditionnels anciens, des contes, des récits fondateurs et des explications sur l’origine et la signification des pratiques culturelles. Une démarche qui permettrait, selon lui, de mieux faire ressortir l’essence culturelle et éducative des Vodun Days, tout en limitant les incompréhensions.

Un tel effort aurait un impact double : accroître l’attractivité touristique du Bénin et protéger l’image ainsi que la dignité des Béninois vivant à l’étranger, souvent confrontés à des caricatures injustifiées. « Être Béninois ne signifie pas appartenir à une religion donnée, mais incarner une histoire, une diversité culturelle, des valeurs et une humanité partagée », martèle-t-il.

En définitive, Isaac Agbandohounto se veut résolument constructif. À ses yeux, les Vodun Days ont le potentiel de devenir un puissant levier de rayonnement culturel et touristique, à condition d’être pensés dans une logique inclusive, pédagogique et respectueuse de la pluralité religieuse et spirituelle du peuple béninois. « C’est à ce prix, conclut-il, que le Bénin pourra s’affirmer comme une destination moderne, inspirante et pleinement respectée sur la scène internationale. »

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