Le verdict des urnes est tombé comme un couperet. Aux élections législatives de janvier 2026, le parti Les Démocrates (LD) a subi une défaite retentissante, au point de marquer l’un des échecs les plus marquants de l’histoire récente de l’opposition béninoise. Longtemps présenté comme une alternative crédible et porté par la figure emblématique de l’ancien président Thomas Boni Yayi, le parti n’a pas réussi à transformer l’espérance populaire en dynamique électorale. Résultat : une désillusion profonde, tant pour les militants que pour une frange de l’opinion nationale.
Cette déconvenue, si elle a surpris certains observateurs, était pourtant redoutée par d’autres, au regard des turbulences internes qui ont progressivement miné la formation politique. Depuis plusieurs mois, Les Démocrates donnaient l’image d’un parti fragilisé par des querelles internes persistantes, des crises de leadership et une incapacité manifeste à gérer les désaccords stratégiques. Ces fractures ont fini par affaiblir la cohésion militante et brouiller le message politique adressé aux électeurs.
L’un des épisodes les plus révélateurs de ce malaise demeure le retrait du candidat Renaud Agbodjo, initialement pressenti pour porter les couleurs du parti à l’élection présidentielle de 2026. Ce désistement, lourd de sens, a agi comme un signal d’alarme sur l’état réel du parti. À cela s’est ajouté le feuilleton du quitus fiscal, devenu un scandale politique majeur, impliquant le député Michel Sodjinou. La polémique qui s’en est suivie a provoqué une onde de choc interne, accélérant des démissions en cascade et alimentant la défiance aussi bien à l’intérieur qu’à l’extérieur du parti.
Le retrait du quitus fiscal de Michel Sodjinou, pourtant indispensable à la validation des candidatures présidentielles, a définitivement compromis les ambitions du parti pour 2026. Cet échec administratif, au-delà de sa portée juridique, a mis en lumière un déficit d’anticipation et de rigueur dans la gestion des exigences du nouveau cadre partisan béninois. Les conséquences politiques ont été immédiates et dévastatrices.
Autre facteur déterminant : l’absence remarquée de Boni Yayi sur le terrain électoral. Figure tutélaire et principal moteur symbolique du parti, l’ancien chef de l’État n’a pas véritablement accompagné la campagne. Les affiches à son effigie, placardées pour combler ce vide, n’ont pas suffi à mobiliser une base militante en quête de repères et de leadership actif. Désemparés, de nombreux militants ont fini par se détourner du parti, certains rejoignant même des formations concurrentes.
Le contraste est d’autant plus saisissant que Les Démocrates avaient obtenu 28 sièges lors de la 9e législature, incarnant alors la principale force d’opposition parlementaire. Passer de cette position à un score marginal relève d’un effondrement politique qui interroge profondément l’identité, la stratégie et la capacité de projection de cette formation.
En filigrane, cette débâcle pose la question de l’adaptation du parti à la nouvelle architecture politique issue de la réforme du système partisan. Les Démocrates ont donné l’impression de ne pas avoir pleinement intégré les exigences de discipline, de structuration et de réalisme imposées par ce nouveau contexte. Or, dans une démocratie en mutation, l’opposition ne peut se contenter d’un discours protestataire ; elle doit se construire comme une force crédible, organisée et capable de proposer une alternative cohérente.
Si l’existence d’une opposition forte demeure indispensable à la vitalité démocratique du Bénin, encore faut-il que celle-ci soit en mesure de s’organiser efficacement, de gérer ses contradictions internes et de parler d’une seule voix au peuple. À défaut, l’alternance reste un idéal lointain.
Le revers subi par Les Démocrates est regrettable, non seulement pour ses militants, mais aussi pour l’équilibre du débat démocratique national. Il appelle une remise en question profonde, un renouvellement des méthodes et, sans doute, des hommes. À ce prix seulement, l’opposition pourra retrouver sa place et contribuer à une vie politique béninoise plus cohérente, inclusive et tournée vers l’avenir.
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