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Vie politique au Bénin

Kamarou Fassassi : l’altruiste incompris ou le sophiste convaincu ?

Kamarou Fassassi : l’altruiste incompris ou le sophiste convaincu ?

Un homme de convictions, entre loyauté à Kérékou et désillusion politique

Né le 10 octobre 1948 à Porto-Novo, Kamarou Fassassi a traversé plus de trois décennies de vie politique au Bénin, entre fidélité, ambition et désillusion. Ministre sous Mathieu Kérékou, député à plusieurs reprises, fondateur de parti et candidat à la présidentielle, il laisse l’image d’un homme déterminé, parfois déroutant, mais toujours fidèle à son idéal républicain.

Un parcours politique dense et marqué par la loyauté

Ancien directeur de cabinet d’Adrien Houngbédji à l’Assemblée nationale (1992-1995), Kamarou Fassassi entre au gouvernement lors du retour de Mathieu Kérékou au pouvoir en 1996. Il occupe le poste de ministre des Travaux publics et des Transports, avant d’être élu député en 1999 sous la bannière du Parti du Renouveau Démocratique (PRD).

Deux ans plus tard, il prend ses distances avec le PRD et fonde le PRD-Nouvelle Génération, formation politique qui soutiendra la réélection de Kérékou en 2001. En reconnaissance, il est nommé ministre des Mines, de l’Énergie et de l’Hydraulique, poste qu’il conservera jusqu’en 2006.

Le candidat fidèle à l’héritage Kérékou

À la veille de la présidentielle de 2006, Kamarou Fassassi annonce sa candidature à Copargo. Son ambition : « défendre l’héritage du président Kérékou » et préserver l’indépendance du Bénin face à la Françafrique. Il obtient 0,98 % des suffrages, un score modeste qui ne l’empêchera pas de rester une voix singulière dans le paysage politique.

Il réitère l’expérience en 2011, puis envisage à nouveau de se présenter en 2016, avant de se raviser. Lors de la campagne de 2016, il confie sur le plateau de Zone Franche : « Je suis candidat pour combattre Lionel Zinsou, mais j’ai aussi mon projet de société. »

Fidèle à sa rhétorique, il appelle les Béninois à éviter « l’erreur de 2006 » et à refuser, selon ses mots, « un autre intrus qui ne connaît pas la maison ».

Un discours contre l’argent et la politique-spectacle

Kamarou Fassassi se présente alors comme un homme de terrain, refusant le « culte des foules ».

« Je ne fais plus la politique spectacle. Je fais la campagne souterraine. L’argent ne peut pas tout faire », déclarait-il, dénonçant le poids des « grands électeurs » dans le jeu politique béninois.

Pour lui, le Bénin était un train déraillé qu’il fallait remettre sur les rails du développement. Son programme mettait l’accent sur :

- la réforme du cadre partisan, - la création d’emplois pour les jeunes, - la lutte contre la corruption,

- la diversification agricole, - et le renforcement des relations avec le Nigeria via un Secrétariat d’État dédié.

Un symbole de paix et de rigueur

Dans sa symbolique politique, Fassassi se présentait comme « une colombe de la paix tenant un balai », signe de son désir de balayer l’impunité et de restaurer l’ordre moral. « Il y a trop d’impunité dans notre République », affirmait-il, tout en dénonçant les retards dans la distribution des cartes d’électeurs.

Les épreuves d’un homme de conviction

Sa carrière fut entachée par une poursuite judiciaire initiée en 2012 pour présomption de mauvaise gestion lorsqu’il était ministre. L’Assemblée nationale lève son immunité, mais l’enquête aboutit finalement à un non-lieu.

« Cette procédure avait été lancée pour salir mon honneur », confia-t-il, amer.

La fin d’un parcours marqué par la fidélité et le courage politique

Hospitalisé dans une clinique de Cotonou, puis transféré au CNHU, Kamarou Fassassi s’éteint à 68 ans, laissant derrière lui le souvenir d’un homme de conviction, sincère dans ses engagements, parfois incompris dans ses choix.

Altruiste pour les uns, sophiste pour les autres, il aura incarné une certaine idée de la politique : celle du devoir et de la loyauté, à une époque où les convictions se faisaient rares.

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