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RCA/Élections 2025

Touadéra entre vitrine diplomatique et fragilités internes

Touadéra entre vitrine diplomatique et fragilités internes

À trois mois des élections générales, la Centrafrique affiche une stabilité de façade. Si le président Touadéra capitalise sur des avancées militaires et diplomatiques, le pays reste traversé par des tensions politiques, des défis sécuritaires et une opposition radicalisée.

À l’approche du scrutin de décembre 2025, la République centrafricaine (RCA) vit un moment charnière. Réélu en 2021, le président Faustin-Archange Touadéra apparaît en position de force. Depuis quatre ans, l’armée nationale, appuyée par les forces rwandaises et les paramilitaires russes de Wagner, a repoussé la rébellion de la Coalition des patriotes pour le changement (CPC) vers les zones périphériques. L’ONU a levé l’embargo sur les armes et la RCA a pu reprendre ses exportations de diamants grâce au Processus de Kimberley. Sur la scène régionale, Bangui s’est offert une stature nouvelle, Touadéra ayant même été choisi comme facilitateur lors de la crise gabonaise en 2023.

Mais derrière ces succès diplomatiques et sécuritaires, la réalité est plus contrastée. Dans le nord-est, notamment dans la Vakaga et le Bamingui-Bangoran, l’État reste quasiment absent. Les populations marginalisées, privées de services publics, continuent de nourrir rancunes et frustrations. À cela s’ajoutent des accusations persistantes de mauvaise gestion des ressources minières et pétrolières, régulièrement dénoncées par la société civile.

Sur le terrain politique, la révision constitutionnelle de 2023, qui autorise Touadéra à briguer un troisième mandat, a profondément divisé. L’opposition, dénonçant un processus électoral biaisé et contestant l’indépendance de l’Autorité nationale des élections comme celle du Conseil constitutionnel, a annoncé son boycott du scrutin. En avril dernier, plus d’un millier de manifestants ont défilé dans les rues de Bangui pour exprimer leur rejet d’un nouveau mandat présidentiel et leur colère face à la crise socio-économique. Un dialogue politique a été entamé en septembre, mais ses résultats restent incertains.

La question sécuritaire demeure elle aussi préoccupante. Si la CPC a été affaiblie, plusieurs groupes armés gardent leurs ressources et pourraient profiter de l’instabilité régionale, notamment avec la guerre au Soudan voisin. L’armée centrafricaine, en pleine croissance, reste fragilisée par un manque de formation, de discipline et de logistique, alimentant la crainte d’une « militianisation ».

Touadéra a su multiplier les alliances extérieures – Moscou, Kigali, financements occidentaux, rapprochement avec le Tchad –, mais cette stratégie reste fragile. La dépendance aux équilibres régionaux et internationaux expose Bangui à un retournement rapide des rapports de force.

Pour éviter un nouvel épisode d’instabilité, le défi est clair : aller au-delà du soutien extérieur et traiter les causes profondes de la crise. Gouvernance inclusive, partage équitable des ressources et ouverture politique apparaissent comme des conditions essentielles. À court terme, la capacité du pouvoir à renouer le dialogue avec l’opposition et à apaiser ses relations régionales pourrait déterminer l’avenir immédiat du pays.

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