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Journée mondiale du vivant souterrain / 21 octobre

Les vers de terre, héros invisibles de la planète

Les vers de terre, héros invisibles de la planète

Souvent ignorés, parfois menacés, les vers de terre sont pourtant les véritables architectes de la vie. À l’occasion de leur Journée mondiale ce 21 octobre, scientifiques et défenseurs de l’environnement tirent la sonnette d’alarme : sans eux, nos sols et donc notre avenir s’effondrent.

Les ingénieurs du sol

Ils se faufilent sous nos pieds, creusent, recyclent, nourrissent… et pourtant, personne ou presque ne les voit. Les vers de terre, au nombre de près de 7 000 espèces dans le monde, sont essentiels à la fertilité des sols et à la survie de la biodiversité. Leur disparition progressive entre 33 % et 41 % en vingt-cinq ans est un signal d’alarme pour toute la planète.

En brassant la terre, ces « laboureurs naturels » aèrent le sol, favorisent la circulation de l’eau et transforment la matière organique en nutriments vitaux pour les plantes. Jusqu’à 250 tonnes de sol par hectare peuvent être remises en mouvement chaque année grâce à leur travail.

Entre lois destructrices et victoire judiciaire

L’année 2025 a été marquée par deux événements contradictoires. Le 11 août, la loi Duplomb a supprimé plusieurs mesures de protection environnementale, suscitant l’indignation des défenseurs du vivant. Christophe Gatineau, président de la Ligue de protection des vers de terre, y a vu « l’arrêt de mort du ver de terre ».

Mais le 3 septembre, un souffle d’espoir est venu de la Cour administrative d’appel de Paris, qui a condamné l’État français pour n’avoir pas évalué la toxicité des pesticides sur ces espèces dites « non cibles ». Une victoire historique pour cinq ONG et un signal fort : les vers de terre doivent désormais être pris en compte dans les politiques publiques.

Des alliés économiques insoupçonnés

Leur rôle ne s’arrête pas à l’écologie : il touche aussi à l’économie mondiale. Selon une étude parue dans Nature (2023), les vers de terre contribuent à près de 6,5 % de la production mondiale de céréales, soit l’équivalent de 128 millions de tonnes par an. Leur activité naturelle représenterait une valeur estimée à 28 milliards d’euros.

Mais Christophe Gatineau met en garde : « Réduire les vers de terre à leur rentabilité serait une erreur fatale. » Leur importance dépasse la logique marchande : ils incarnent l’équilibre du vivant que l’agriculture intensive détruit peu à peu.

Une science du sol en pleine renaissance

Longtemps négligée, la recherche sur les vers de terre connaît aujourd’hui un regain d’intérêt. En 2025, plus d’un millier de chercheurs travaillent sur le sujet à travers le monde, notamment en Chine et en Inde. En France, une soixantaine de scientifiques s’y consacrent, portés par la conviction que comprendre la vie du sol, c’est mieux lutter contre le réchauffement climatique et la désertification.

De l’ombre à la lumière

Pour célébrer la Journée mondiale du 21 octobre, la Ligue de protection des vers de terre, fondée en 2024, multiplie les actions de sensibilisation. À Limoges, Christophe Gatineau animera une conférence pour enfants afin de les faire passer « du beurk au waouh ». L’objectif : révéler que ces petits animaux sont en réalité de grands super-héros du vivant, médecins du sol et artisans de notre alimentation.

Pourtant, en France, les vers de terre n’existent toujours pas dans la loi : aucune reconnaissance juridique, aucune protection spécifique. Un vide légal qui symbolise, selon Gatineau, « le déni du vivant dans nos politiques agricoles ».

Un appel à la reconnaissance

Face à leur disparition accélérée, l’appel des défenseurs du sol résonne comme une urgence : protéger les vers de terre, c’est protéger la vie elle-même. Invisibles mais essentiels, ils nous rappellent que le véritable travail de la terre se fait dans le silence et l’humilité, sous nos pieds.

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