Dans un entretien accordé au journal L'Emblème du Jour, James AGBO, membre du Fan-Club Romuald WADAGNI et spécialiste des questions de gouvernance publique, analyse les principaux obstacles à la mise en œuvre des réformes au Bénin. Il revient également sur le rôle stratégique du BASE-PR dans l'accélération des réformes gouvernementales et évoque les défis liés à la mise à niveau du Système d'Information pour la Gestion de l'Éducation (SIGE), aujourd'hui connu sous le nom d'Educ Master.
L'Emblème du Jour : Quels sont les principaux goulots d'étranglement dans la mise en œuvre des réformes au Bénin ?
James AGBO : Les réformes constituent des instruments essentiels d'amélioration de la gouvernance et de la performance des institutions. Toutefois, leur mise en œuvre est souvent confrontée à plusieurs contraintes qui limitent l'atteinte des résultats attendus.
1. L'insuffisance de leadership et d'engagement : L'absence d'un portage politique et administratif fort peut entraîner un ralentissement, voire un abandon progressif des réformes engagées.
2. La résistance au changement : Les acteurs concernés peuvent percevoir les réformes comme une menace pour leurs habitudes, leurs intérêts ou leurs acquis, ce qui engendre des réticences et des blocages.
3. La faiblesse des ressources financières : La mise en œuvre des réformes nécessite souvent des investissements importants. L'insuffisance des ressources budgétaires compromet leur exécution efficace.
4. L'insuffisance des capacités techniques et humaines : Le manque de personnel qualifié, de formations adaptées ou d'expertise spécialisée limite l'efficacité des actions prévues.
5. Les lourdeurs administratives et bureaucratiques : Les procédures complexes, les multiples niveaux de validation et les délais excessifs constituent des freins majeurs à la mise en œuvre des réformes.
6. La faible coordination entre les acteurs : L'absence d'une collaboration efficace entre les différentes structures impliquées entraîne souvent des chevauchements, des retards et des incohérences.
7. Un cadre juridique et réglementaire inadapté : Des textes obsolètes, contradictoires ou incomplets peuvent empêcher l'application effective des nouvelles mesures.
8. Une communication insuffisante : Le manque d'information et de sensibilisation des parties prenantes favorise les incompréhensions et renforce les résistances.
9. La faiblesse du suivi-évaluation : L'absence d'indicateurs pertinents et de mécanismes de contrôle réduit la capacité à mesurer les progrès réalisés et à corriger les dysfonctionnements.
10. L'instabilité institutionnelle : Les changements fréquents de responsables, de priorités ou d'orientations stratégiques peuvent compromettre la continuité des réformes.
Conclusion : La réussite des réformes dépend non seulement de leur pertinence, mais également de la capacité des institutions à anticiper et à lever ces différents goulots d'étranglement. Une gouvernance forte, des ressources adéquates, une communication efficace et un suivi rigoureux demeurent indispensables pour garantir leur succès.
L'Emblème du Jour : Quelle est la valeur ajoutée spécifique du BASE-PR pour lever les contraintes de mise en œuvre des réformes ?
James AGBO : Le BASE-PR peut être considéré comme un véritable centre de pilotage stratégique des réformes publiques. À ce titre, il est appelé à : Assurer le suivi de l'exécution des décisions présidentielles ; Détecter rapidement les blocages administratifs et institutionnels ; Produire des analyses stratégiques pour éclairer la prise de décision publique ; Coordonner les interventions des différentes administrations ; Mesurer les résultats ainsi que l'impact des réformes ; Garantir l'alignement des actions gouvernementales sur les priorités nationales.
Dans le contexte béninois : Au Bénin, où plusieurs réformes concernent la modernisation de l'administration publique, la digitalisation des services, la gestion des carrières, la mise à niveau du SIGE, la santé et la gouvernance économique, le BASE-PR peut jouer le rôle d'accélérateur de la performance publique.
Son action permettrait notamment de réduire les délais de traitement des dossiers, de renforcer la redevabilité des acteurs publics et d'améliorer la coordination entre les différentes structures de l'État. Toutefois, la réussite du BASE-PR dépend de trois conditions essentielles : Une autorité suffisante pour faire appliquer ses recommandations ; Des compétences techniques de haut niveau au sein de son équipe ; Un accès permanent aux données et aux informations nécessaires pour assurer un suivi objectif des réformes. S'il dispose de ces moyens, le BASE-PR pourrait devenir un levier majeur de transformation des réformes gouvernementales en résultats concrets au bénéfice des citoyens béninois.
L'Emblème du Jour : Quelles sont les difficultés liées à la réforme de mise à niveau du SIGE dans l'enseignement secondaire général (ESG) ?
James AGBO : Les statistiques montrent qu'environ 40 % des projets de mise en place de nouveaux systèmes d'information rencontrent des difficultés en raison de l'absence d'un véritable plan de conduite du changement. Dans le cas du SIGE du Ministère de l'Enseignement Secondaire, de la Formation Technique et Professionnelle, la réforme a été portée par le Projet de Soutien à l'Enseignement Secondaire (SEnS). Une phase d'état des lieux a été réalisée, permettant d'identifier les insuffisances existantes et de définir la cible du futur SIGE. Les cahiers des charges techniques et fonctionnels ont été élaborés puis validés. Par ailleurs, un plan de gestion du changement ainsi qu'un plan de communication ont été conçus afin de réduire les résistances et les blocages liés à cette transformation. Cependant, le manque de financement demeure un risque majeur. L'absence de lignes budgétaires dédiées à la mise en œuvre des actions prévues pourrait compromettre l'appropriation du nouvel outil par les utilisateurs. Sans formation adéquate, ces derniers auront des difficultés à maîtriser le système aujourd'hui connu sous le nom d'Educ Master. À cela s'ajoute l'insuffisance d'un dispositif efficace de suivi-évaluation. Cette situation est aggravée par une certaine instabilité institutionnelle marquée par des changements fréquents de responsables, ce qui fragilise l'équipe technique chargée du support et de l'accompagnement du projet. Face à ces défis, il apparaît nécessaire de procéder à un audit approfondi de la plateforme Educ Master afin d'évaluer son niveau actuel de développement et de prendre les décisions stratégiques nécessaires à l'atteinte des objectifs de cette importante réforme du système éducatif béninois.
Propos recueillis par la rédaction de L'Emblème du Jour.
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