La révision constitutionnelle adoptée le 14 novembre 2025 introduit une innovation majeure : la création d’un Sénat. Conçue pour valoriser l’expérience des anciens hauts dirigeants, cette nouvelle institution ambitionne de renforcer la gouvernance démocratique en s’appuyant sur la maturité et la mémoire de l’État.
Une nouvelle boussole institutionnelle
Le Bénin franchit un nouveau palier dans l’architecture de ses institutions en intégrant le Sénat à sa Constitution. Placée au cœur de la réflexion stratégique nationale, cette Chambre haute se veut un espace de recul, d’équilibre et de consolidation démocratique.
La composition du Sénat traduit cette orientation. Il regroupera des membres de droit :
les anciens Présidents de la République,
les anciens Présidents de l’Assemblée nationale,
les anciens Présidents de la Cour constitutionnelle,
à condition d’avoir exercé au moins la moitié de leur mandat.
À ces figures institutionnelles s’ajouteront cinq personnalités issues des forces de défense et de sécurité, sélectionnées notamment parmi les anciens chefs d’État-major ayant assuré de hautes responsabilités au service du pays.
Si le nombre de membres n’atteint pas 25 sénateurs, des personnalités supplémentaires seront désignées conjointement, à égalité, par le Président de la République et le Président du Parlement.
Une Chambre à la neutralité affirmée
Le Sénat sera dirigé par un Président, un Vice-président et un Rapporteur, élus pour un mandat de cinq ans renouvelable.
Afin de garantir une distance totale vis-à-vis des influences partisanes, ses membres devront :
observer une stricte neutralité politique,
renoncer à toute activité partisane,
respecter une limite d’âge fixée à 85 ans, sauf pour la toute première législature.
Cette institution se positionne ainsi comme une boussole de sagesse, capable d’éclairer les grandes décisions publiques, de consolider la stabilité institutionnelle et d’assurer la continuité républicaine.
Capitaliser des expériences trop souvent perdues
À travers cette réforme, le Bénin entend mettre fin à une réalité souvent déplorée : l’immense capital d’expérience des anciens dirigeants qui disparaît sans être transmis.
Désormais, ces « bibliothèques souvent brûlées » ne se refermeront plus en silence. Le Sénat leur offrira une mission claire : mettre leur savoir au service de la Nation, au lieu de le laisser se perdre.
Cette particularité distingue le Sénat béninois de ceux présents dans d’autres démocraties et confirme la volonté du pays de trouver ses propres solutions à ses enjeux politiques.
Un héritage d’innovation démocratique
Tout comme la Conférence nationale de 1990 avait marqué une avancée majeure, la création de cette Chambre haute démontre que le Bénin sait réinventer son modèle institutionnel pour répondre aux défis du moment.
L’entrée en vigueur de cette réforme interviendra après la promulgation officielle de la nouvelle Constitution, à la suite du contrôle de conformité de la Cour constitutionnelle.
Une page se tourne.
Une autre s’écrit : celle de la gouvernance par l’expérience et la réflexion.
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