Ancien ministre, député, maire et homme d’affaires reconnu, Sévérin Adjovi a marqué la vie politique et économique du Bénin depuis plus de trois décennies. Après des années de silence et des tourments judiciaires, le président du RDL-Vivoten revient dans le débat national, fidèle à sa réputation d’homme franc et engagé.
Un parcours riche et contrasté
Titulaire d’un diplôme d’études supérieures de commerce et de la distribution obtenu à l’Institut du Commerce International de Toulouse, ainsi que d’un diplôme de l’École supérieure d’organisation et de gestion des entreprises de Paris, Sévérin Adjovi s’est très tôt imposé comme une figure majeure du monde des affaires au Bénin.
Homme d’entreprise avisé, il est notamment l’actionnaire principal de Telecel Bénin, devenue Moov Africa Bénin, symbole de la libéralisation du secteur des télécommunications.
Mais c’est surtout sur le terrain politique que Sévérin Adjovi a bâti sa notoriété. Candidat à la présidentielle de 1991, il se classe septième avec 2,61 % des voix. Député à deux reprises, il devient premier vice-président de l’Assemblée nationale avant d’occuper plusieurs portefeuilles ministériels : Défense (1996–1998), Culture et Communication (1998–1999), puis Commerce, Artisanat et Tourisme (1999–2001).
De Cotonou à Ouidah : un engagement local affirmé
Après une tentative infructueuse à Cotonou en 2003 face à Nicéphore Soglo, Sévérin Adjovi trouve son ancrage politique dans sa ville natale, Ouidah, dont il deviendra le maire. Fidèle à sa vision du développement local, il milite pour la valorisation du patrimoine culturel et touristique de cette cité historique, porte de la mémoire africaine.
Des épreuves judiciaires retentissantes
En 2020, l’homme d’affaires est rattrapé par la justice. Accusé de fraude fiscale et de blanchiment de capitaux dans le dossier Etisalat–Telecel Bénin, il est condamné par la CRIET à sept ans de prison ferme et à de lourdes amendes.
Mais l’histoire prend un tournant en décembre 2022 : la Cour suprême casse et annule toutes les condamnations, réhabilitant ainsi l’ancien ministre. Cette décision marque un tournant décisif dans sa vie publique.
Le retour d’une voix politique
Resté discret depuis cette période, Sévérin Adjovi a récemment repris la parole sur un sujet brûlant : la révision constitutionnelle envisagée pour introduire un Sénat dans l’architecture institutionnelle béninoise.
Dans une déclaration au ton solennel, il dit parler « par devoir de vérité et de patriotisme » et met en garde contre « une dérive institutionnelle » susceptible de menacer l’équilibre démocratique issu de la Conférence nationale de 1990.
Selon lui, « une démocratie sans équilibre des pouvoirs n’est plus qu’une façade ». Il exhorte les forces politiques, sociales et religieuses à un dialogue national sincère pour protéger l’héritage démocratique du pays : « Une Constitution ne se réécrit pas pour un homme, un parti ou un mandat, mais pour un peuple et pour l’avenir », déclare-t-il.
Un appel au sursaut national
Fidèle à son franc-parler, l’ancien maire de Ouidah invite les Béninois à défendre les institutions républicaines : « La vraie grandeur d’un État, c’est la permanence de ses institutions, et non la prolongation d’un régime. »
Ainsi, entre affaires, convictions et patriotisme, Sévérin Adjovi s’impose encore comme une figure singulière du paysage béninois un homme que les tempêtes n’ont pas fait taire, mais affermi.
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