Au lendemain de la proclamation des résultats des élections communales et législatives du 11 janvier, une scène singulière s’impose à l’observateur attentif : la vie suit son cours, imperturbable. Dans les marchés, les étals sont pris d’assaut, les échanges portent sur les prix des denrées, les difficultés du quotidien ou les urgences familiales. Les résultats électoraux, eux, semblent relégués à l’arrière-plan, sans susciter ferveur ni indignation.
Cette indifférence apparente interroge. Elle tranche avec l’importance politique de ces scrutins censés façonner la gouvernance locale et nationale. Pourtant, pour une large frange de la population, l’événement électoral n’a plus la capacité de mobiliser ni de passionner.
Les ressorts d’un désintérêt assumé
Plusieurs facteurs peuvent expliquer cette atmosphère morose. Le poids écrasant des préoccupations quotidiennes — cherté de la vie, précarité, quête de revenus — relègue la politique au rang de luxe lointain. À cela s’ajoute la disparition des pratiques autrefois répandues de distribution d’argent, de gadgets ou d’avantages matériels, aujourd’hui interdites par un cadre juridique plus strict.
Pour certains citoyens, cette évolution, pourtant salutaire sur le plan éthique, a vidé l’acte électoral de son attrait immédiat. L’élection ne nourrit plus l’espoir d’un gain tangible, et peine à offrir une promesse crédible de changement durable.
Une fracture silencieuse entre gouvernants et gouvernés
Ce retrait progressif des citoyens ne relève pas d’une simple apathie. Il traduit davantage une désillusion profonde. Le citoyen béninois ne tourne pas le dos à la politique par indifférence, mais par sentiment d’exclusion. Il ne se reconnaît plus dans une offre politique qu’il juge distante, peu généreuse en retombées concrètes et riche en discours sans effets perceptibles.
Il s’agit là d’une fracture silencieuse, mais réelle, entre le pouvoir politique et la société. Une fracture nourrie par la conviction que le vote ne modifie plus substantiellement les conditions de vie.
Faible participation : un signal d’alarme démocratique
La persistance de faibles taux de participation ne saurait être interprétée comme une preuve de maturité démocratique. Certes, les institutions continuent de fonctionner, les élections se tiennent régulièrement et produisent des résultats conformes à la légalité. Mais la démocratie ne se résume pas à ses procédures.
Longtemps habitué à une relation transactionnelle avec le politique, le citoyen se retrouve désormais face à sa seule conscience électorale, sans accompagnement pédagogique suffisant.
Ce n’est donc pas une fatigue électorale qui s’exprime, mais une crise de sens. D’où l’urgence de rééduquer la population aux nouvelles exigences de la citoyenneté, fondées sur la participation responsable et l’intérêt général, à l’image des démocraties consolidées.
Une légalité sans pleine légitimité populaire
Les élections béninoises continuent de produire des institutions juridiquement valides, mais politiquement fragilisées par l’abstention massive. Or, la légalité ne suffit pas à fonder une légitimité durable. Un pouvoir issu de scrutins faiblement participatifs peut gouverner, mais il le fait sur une base sociale étroite, exposée à la défiance, à la résignation et, à terme, à des formes diffuses de contestation.
Un enjeu politique majeur
Le véritable enjeu n’est donc pas uniquement électoral. Il est profondément politique : comment redonner au vote sa valeur symbolique et pratique dans un système perçu par de nombreux citoyens comme peu redistributif et excessivement discursif ? Tant que cette interrogation restera sans réponse claire, la participation continuera de s’éroder, entraînant avec elle la vitalité démocratique du Bénin.
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