Héritier d’une illustre lignée, intellectuel engagé et fervent défenseur de la paix, le patriarche Karim Urbain da Silva continue, à 98 ans, d’incarner la mémoire vivante et la sagesse de Porto-Novo. Sa vie est un pont entre l’histoire, la foi et la modernité.
Un héritage familial et intellectuel hors pair
Né le 6 novembre 1927 à Porto-Novo, Karim Urbain Élisio da Silva est le fils de Faustin Georges Honorio Amzath da Silva, ancien président de la Fédération générale des fonctionnaires et syndicats libres du Dahomey, et fondateur de l’un des tout premiers journaux du pays : La Voix du Dahomey.
Issu d’une famille profondément ancrée dans la vie intellectuelle et sociale du Dahomey, Karim da Silva s’est lui aussi distingué très tôt par son engagement et son parcours remarquable.
Diplômé en imprimerie à l’Institut National des Industries et Arts Graphiques de Paris, puis à l’École de Publicité de Bruxelles, il mettra son savoir au service du développement culturel et économique de son pays.
Un acteur politique et diplomatique respecté
Homme de devoir et de conviction, Karim da Silva fut chargé de mission auprès du général Christophe Soglo et du colonel Alphonse Alley en 1967. L’année suivante, il osa franchir un pas audacieux : celui de se porter candidat à la présidence de la République.
Sous le régime du président Mathieu Kérékou, il représenta le Bénin auprès de plusieurs dirigeants arabes et africains de premier plan : Houphouët Boigny, Mobutu Sese Seko, Omar Bongo, ou encore les chefs d’État des Émirats arabes unis, du Koweït, du Maroc et de l’Arabie saoudite.
L’homme de lettres et de culture
Grand passionné d’histoire et de mémoire africaine, Karim da Silva a également marqué le champ littéraire à travers plusieurs ouvrages, dont :
- L’inoubliable héritage des esclaves noirs : la musique afro-américaine (Éditions Silva, 2000) ;
- Le Dahomey au-delà de l’histoire officielle (Éditions Silva, 2017).
Visionnaire, il fonda à Porto-Novo le Musée Da Silva, dédié à la culture afro-descendante, aujourd’hui remplacé par le Musée International du Vaudou, sur le même site.
Il a également initié la création d’un Panthéon Panafricain en hommage aux grandes civilisations noires.
Un parcours honoré, un homme décoré
Pour ses nombreuses contributions au rayonnement du Bénin, Karim da Silva a été élevé en octobre 2001 au rang de Grand Chancelier de l’Ordre National du Bénin, au grade de Grand-Croix, distinction suprême du pays. Même si des désaccords politiques ont conduit à la suspension de cette fonction en 2009, son prestige et son autorité morale demeurent intacts.
Pilier spirituel et figure de paix
Sur le plan religieux, le patriarche Karim da Silva reste une figure centrale de la communauté musulmane de Porto-Novo. Lors du Maouloud 2025, célébré le 4 septembre, il fut à nouveau honoré à la Mosquée centrale de Porto-Novo, lieu qu’il a largement contribué à rénover. Sous son haut parrainage, la communauté musulmane a vibré d’une ferveur particulière, en présence de nombreuses personnalités, dont le maire Charlemagne Yankoty, la ministre Baba Moussa et plusieurs notables.
Des prières spéciales ont été dites pour sa santé et sa longévité, reconnaissant en lui un guide spirituel, un symbole d’unité et un artisan de la paix au sein de la capitale.
Le patriarche des patriarches
Aujourd’hui, président du Collectif des Sages et Notables de Porto-Novo, Karim da Silva joue un rôle déterminant dans la cohésion entre les grands courants socioculturels de la ville aux trois noms : Porto-Novo, Adjashè et Hogbonou. Son engagement aux côtés des autorités, notamment du Président Patrice Talon, témoigne de sa volonté de soutenir la reconstruction nationale et la modernisation du Bénin.
Un nom inscrit dans l’histoire
Karim da Silva, c’est la sagesse d’un siècle et la mémoire d’une nation. Entre foi, culture et patriotisme, il continue d’incarner le trait d’union entre les générations, et son nom résonne désormais comme un synonyme de dévouement, d’unité et de grandeur.
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