Au Bénin, la question du reversement des Aspirants au Métier d’Enseignant (AME) refait surface dans le contexte électoral. Si pour le gouvernement, le processus doit être graduel et durable, l’opposition promet un reversement immédiat. Mais jusqu’où ces promesses tiennent-elles face aux contraintes budgétaires et aux réalités politiques ?
La polémique est repartie de plus belle : les 32 000 AME attendent — légitimement la reconnaissance de leur statut, leur intégration formelle dans la fonction publique, leur reversement. Le gouvernement affirme avoir déjà pris un engagement sérieux, mais insiste sur la nécessité de mesurer le coût financier d’un basculement « d’un seul coup » pour éviter de compromettre les finances publiques.
L’option actuelle, selon les annonces officielles, est celle d’un phasage : quelques milliers d’enseignants reversés chaque année, appuyés par des améliorations sociales (prise en charge médicale, gratuité scolaire pour les enfants, avantages transitoires), avant d’envisager une action plus large.
Dans ce paysage, l’opposition voit une opportunité. Un de ses chefs de parti aurait approché des responsables d’AME pour promettre leur reversement intégral et immédiat, mais à la condition expresse qu’ils s’engagent dans la campagne présidentielle de 2026.
Or, cette promesse soulève plusieurs problèmes :
Viabilité budgétaire : engager le reversement de tous les AME sans étude préalable ou plan financier abouti risque de déséquilibrer le budget national.
Risques d’inégalités et de frustrations : des reversions partielles ou des vagues inégales pourraient créer des jalousies et sentiments d’injustice parmi les enseignants.
Antécédents politiques : le chef de parti en question est déjà associé à des périodes de promesses non tenues, de grands projets inachevés, voire de scandales financiers.
Ainsi se dessine un contraste : d’un côté, une opposition usant des attentes des AME comme levier électoral ; de l’autre, le gouvernement qui se présente comme celui de la vérité, de la planification et de la responsabilité financière, proposant des mesures concrètes plutôt que des slogans.
Mais le défi reste immense. Pour les AME, chaque promesse non tenue creuse le fossé entre espérance et désillusion. Pour la politique béninoise, c’est une question de crédibilité : l’élection de 2026 risque d’être jugée non seulement sur les discours, mais sur la capacité à transformer les promesses en actes stables et durables.
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